ACCESSOIRE POUR SEGA MEGA DRIVE · NON OFFICIEL · TAIWAN 1992
Le copieur à disquette pirate qui transformait la Mega Drive en machine à copier les cartouches. Après l'avoir démonté, testé et étudié dans tous les sens, je vous livre ici la synthèse de mes trouvailles.
PRESS START
Au début des années 90, une cartouche Mega Drive neuve coûte son petit prix (entre 350 et 450 Francs), mais une boîte de 10 disquettes 3.5", ça coûte 10 fois moins ! Dans les ateliers de Taïwan et Hong Kong, des fabricants ont flairé le bon plan : "et si on copiait les jeux sur disquette ?"
Le Mega Disk Interceptor est né de cette idée. Fabriqué sans licence par Taiwan Sang Ting Co. Ltd, c'est ce qu'on appelle un backup unit (copieur). Tu enfonces ta cartouche dedans, et l'appareil « intercepte » les données pour les copier sur disquette. Ensuite tu peux rejouer au jeu… sans la cartouche.
Cet appareil a été assez peu distribué contrairement à d'autres appareils sur Super Nintendo. Commes ces derniers, il était vendu à l'époque entre 2000 et 3000 Francs. Aujourd'hui, un exemplaire complet, avec sa cartouche de sauvegarde est devenu une pièce de collection rare.
Et son fonctionnement ? Plusieurs infos contradictoires sur Internet, il a donc fallu décoder entièrement les logiciels d'époque et la structure disquette (voir la partie reverse).
Un gros boitier surdimensionné, enfiché dans le port cartouche de la console, avec un vrai lecteur de disquette en façade.
Tellement classe !
Un lecteur de disquette 3.5" embarqué. Pas besoin de PC ni de lecteur externe : tout se pilote pad en main.
RAM interne de 16M (2Mo max pour charger les jeux)
Le cerveau de l'engin est une EEPROM avec un mini-système d'exploitation.
Il ne sait rien faire seul : il attend une disquette pour démarrer.
Chaque disquette embarque son propre MEGA-DOS (en code Z80) + le contenu (jeu ou utilitaire). C'est lui que l'EEPROM charge et exécute.
Une cartouche SRAM 32 Ko + pile disponible en option. Rien à voir avec l'OS : elle sert uniquement aux sauvegardes de jeu, via un menu dédié.
L'appareil sait faire 3 choses, mais avec des disquettes spécifiques :
Cartouche dans le slot + une disquette système 4.9B → bouton B → l'appareil lit la ROM et la copie sur une disquette vierge
« Backup » fait !
Une disquette de jeu (MEGA DOS + jeu) dans le lecteur → RAM de l'appareil qui charge le jeu et la Mega Drive le lance, comme avec une vraie cartouche. Le système 5.5C gère même plusieurs jeux par disquette, avec menu.
Avec la cartouche SRAM insérée, le menu ajoute DISK ↔ CARD ou CARD ↔ DISK qui permet de transférer tes sauvegardes de jeu entre la disquette et la cartouche.
Vital pour les RPG !
Pas de souris ni de clavier : la manette (port 1) fait tout.
Le dump se déclenche au bouton B (ou C).
La navigation dans le menu se fait à la croix directionnel puis B pour choisir.
Une disquette dense plafonne à ~1,5 Mo utiles.
Les gros titres (2 Mo max soit 16M) sont donc découpés sur deux disquettes : l'appareil affiche « INSERT DISK 2 » et réassemble le jeu au chargement.
Le système maison, appelé MEGA-DOS, a évolué au fil des révisions. Il a existé plusieurs versions, mais voici les 2 qui seront nécessaires pour utiliser son MegaDisk Interceptor de façon optimale :
| Version | Fichier | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|
| 4.9B | MD49B.DOS | Gère un jeu sur 1 à 2 disquettes selon sa taille. |
| 5.5C ★ | MD55C.DOS | Plusieurs jeux sur une seule disquette + gestion des sauvegardes sur les slots de la cartouche. |
Selon la version, le comportement change : certaines lancent directement le jeu sauvegardé, d'autres affichent un menu pour naviguer dans les options et fichiers.
L'Interceptor sous toutes ses coutures : le boîtier de face, de côté et du dessous, ses entrailles, ou encore la Specify Card. On le voit aussi monté sur la Mega Drive et le menu affiché à l'écran. De quoi bien cerner l'engin, en détail comme en situation.
L'engin de face, lecteur disquette blanc d'origine qui tranche avec le reste du boitier noir.
Noir au dessus, rouge en dessous, l'appareil épouse parfaitement la forme d'une Mega Drive 1.
On distingue le sticker 16M. Je n'ai jamais vu d'autres versions (8M ou 32M)...
On distingue l'eeprom 26C64A (64Kbits soit 8Ko) et l'ASIC MD1810 qui dirige tout.
La cartouche de sauvegarde seule, recto.
Pile 2032 changée et on perçoit la SRAM M5M5256AP-85 (256Kbits soit 32Ko).
L'ensemble branché sur une Model 1 avec le sticker de la cartouche vers l'extérieur !
Au boot, le système de base attend une disquette, rien n'est faisable sans disquette !
Le format propriétaire des disquettes a été entièrement décodé et vérifié sur le matériel. Voici comment une disquette est organisée, et comment on remonte d'un dump jusqu'à une ROM Mega Drive valide.
$ status
Format illisible par Windows → RÉSOLU. Dump cartouche → ROM bit-perfect, checksum validé.
Les disquettes utilisant des secteurs non-standard, on lit le flux magnétique brut avec un Greaseweazle , piloté par une définition de format maison. Une lecture propre donne 1576 secteurs sur 1576.
Particularité rare : 2 tailles de secteurs sur le même disque. La piste 0 (système) est en 512 octets, comme une 1.44 Mo classique ; les pistes de données passent en 1024 octets pour gagner de la place.
MFM, 500 kbps, 300 tr/min. Piste 0 = 18×512 octets (2 faces) ; pistes 1-77 = 10×1024 octets (2 faces). Les secteurs de 1024 sont exigeants : le lecteur de l'Interceptor a besoin d'une disquette 2HD saine pour les relire.
Tout ce qui fait booter une disquette tient sur le cylindre 0. Voici les offsets réels dans l'image :
💡 Sans le secteur « INTERCEPT », le firmware refuse la disquette avant même de charger le DOS.
Le piège qui m'a pris la tête au départ : les données du jeu ne sont pas stockées « à plat ».
Elles sont au format SMD (Super Magic Drive), pour chaque bloc de 16 Ko, d'abord les 8 Ko d'octets impairs, puis les 8 Ko d'octets pairs.
Le matériel de l'Interceptor désentrelace à la volée pendant que la console lit le jeu.
On lit le répertoire (taille en blocs), on prend la zone data, on désentrelace le SMD, et on obtient la ROM. Vérification finale : le checksum interne Mega Drive (offset 0x18E) doit correspondre.
blocs = repertoire[0] ; taille du jeu en blocs de 16 Ko data = image[0x4800 .. 0x4800 + blocs*16Ko] rom = desentrelacer_smd(data) ; impairs/pairs par bloc de 16 Ko verifier( checksum_md(rom) == rom[0x18E..0x18F] ) → game.md
Décoder le format des disquettes ne suffisait pas : on a désassemblé les mini-DOS eux-mêmes (`MD55C.DOS`, `MD49B.DOS`, code Z80 chargé en `0xC000`) pour savoir précisément ce que fait chaque version. Et là, surprise.
❌ Idée reçue : « sur MD55C, on appuie sur B et il dumpe la cartouche, comme la 4.9B.»
✅ Faux. Le reverse le prouve : MD55C ne lit jamais le bus de la cartouche. Le « READING » qu'on voit sur MD55C concerne la cartouche SRAM de sauvegarde : c'est de la gestion de saves, pas une fonction dump de cartouche.
Lit la ROM de la cartouche (strobe du bus 0xBF ×10) → READING → SAVING → disquette. C'est lui, et lui seul, qui dumpe.
Menu : RUN FILE + (si cartouche SRAM) SAVE / LOAD / ERASE et CARD ↔ DISK.
💡 Contre-intuitif : 5.5 est plus récent que 4.9B, et c'est la version récente qui a perdu la fonction de dump. Le 5.5 s'est spécialisé en lecteur multi-jeux. Pour dumper une vraie cartouche, il faut donc un disque système 4.9B.
Longtemps « non documentée » : c'est tout le bloc SAVE / LOAD / ERASE FILE + CARD ↔ DISK de MD55C, qui copie tes sauvegardes entre la disquette et la cartouche (≈16 slots). Rien à voir avec le dump de jeu, c'est juste le coffre à parties sauvegardées.
👉 Du coup, MD55C reste indispensable si tu as la cartouche : il en est le seul pilote. Avec l'appareil + la Specify Card, on veut donc les DEUX disques utilitaires : un 4.9B pour dumper les cartouches, un 5.5C pour les compils multi-jeux et la gestion des sauvegardes.
⚡ Rappel : Cette cartouche n'est pas du tout obligatoire contrairement à ce qu'on a pu lire parfois sur Internet. Elle sert juste à enregistrer les parties des jeux Mega Drive qui possèdent SRAM et pile.
Logiciel pour environnement Windows codé en C#.
Rien à installer : tu décompresses le .zip et tu lances.
Couplé à un Greaseweazle, il écrit de vraies disquettes lisibles par l'Interceptor, dans ce format hyper spécifique décrit tout au long de cette page, et tout est géré automatiquement.
C'est une petite carte USB open-source qui parle directement le flux magnétique d'un lecteur de disquette, indispensable ici car Windows est incapable d'écrire le format un peu tordu de l'Interceptor.
Le branchement est simple :
On achète cette carte sur eBay ou ailleurs... : Il faut compter aujourd'hui ~30 € pour une version 4.1, plus un lecteur 3.5" récupéré sur un vieux PC.
Le logiciel fabrique 2 types de disquettes :
Tout se fait en clic & drag (ou via le bouton Browse) : tu déposes tes fichiers, le logiciel s'occupe du reste !